« Il fait tout pour organiser son insolvabilité »

 – Le Point.fr – Publié le 14/10/2011

Accusé d’abandon de famille, un père a envoyé son avocat plaider sa cause, une tactique qui jouera contre lui.

Les pères indignes et irresponsables se succèdent à la barre de la 26e chambre correctionnelle du TGI de Paris, dédiée aux affaires d’abandon de famille. Francis (*), lui, a décidé de répondre absent à l’appel, trahissant de nouveau son mépris à l’égard de ses trois enfants auxquels il doit 13 600 euros au titre d’une pension alimentaire en rade depuis 2009.

« Il ne vient jamais à l’audience », note la présidente, dont le glaive épinglera cette ligne supplémentaire au tableau du déshonneur. Francis craignait-il de perdre sa liberté et de repartir menotté entre deux gendarmes ? Il est en effet sous le coup d’un mandat d’arrêt à la suite d’un jugement rendu par défaut en mai 2011 le condamnant à un an de prison ferme. Son ex-femme témoigne : « Il verse maintenant 150 euros par mois au lieu de 360. » Une manière de ne pas être totalement hors la loi.

Côté face, l’homme est au chômage après avoir été licencié de son emploi de conducteur de travaux. Il percevait à ce titre un salaire mensuel de 1 300 euros par mois. Côté pile, il est associé dans une société familiale prospère spécialisée dans l’import-export de voitures de luxe. « Il est gérant de fait, note la présidente. Autrement dit, il fait tout pour organiser son insolvabilité », s’indigne-t-elle.

14 mois de prison ferme

« C’est un dossier douloureux, confirme l’avocate de l’ex-épouse. M. J. se défile de ses responsabilités depuis longtemps. Il a même été condamné pour non-représentation d’enfant après avoir séquestré deux de ses enfants à l’étranger pendant deux ans. »

« M. J. persiste en dépit de cinq décisions de justice ! déplore la procureur. Non seulement il laisse Mme L. assumer seule l’entretien de ses enfants, mais, en plus, il organise son insolvabilité ! Et quand il s’agit de demander la révision à la baisse de sa pension alimentaire, M. J. est toujours prompt à revendiquer ses droits ! (…) Une peine d’emprisonnement ferme de huit mois me semble pleinement justifiée », conclut-elle.

La présidente chuchote quelques mots à l’oreille du greffier qui siège à côté d’elle. Les spectateurs, prochains prévenus et victimes, sont cramponnés à la scène. « On ne peut pas accuser M. J. de ne pas s’intéresser à ses enfants, martèle son avocat. La preuve, il a toujours versé une somme d’argent pour montrer qu’il assumait son devoir. »

Gêné par la conversation privée entre la présidente et le greffier, l’avocat marque un temps d’arrêt. Et poursuit, haussant la voix : « Mon client touche le RMI et bénéficie d’une allocation de retour à l’emploi, ce qui lui permet à peine de payer son loyer. Mais il a une promesse d’embauche et va donc pouvoir à nouveau s’acquitter de sa pension alimentaire », promet-il.Avant de solliciter la relaxe de son client, « ou, du moins, la mansuétude du tribunal pour stopper le mandat d’arrêt décerné à son encontre ».

Mais le passif bétonné de Francis n’atteindra pas la rive de la clémence judiciaire. Le prévenu écopera de 14 mois de prison ferme, mandat d’arrêt à la clé, outre 2 000 euros de dommages et intérêts à verser à son ex-épouse.

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