Justice enfin! Et si il n’avait pas été nommé dans l’affaire Karachi, aurait-on saisi ses biens?

Le marchand d’armes souvent cité dans l’affaire de Karachi a vu ses biens mobiliers placés sous scellés dans le cadre du différend financier qui l’oppose à son ex-épouse

Quand ce n’est pas les secrets d’État avec l’affaire Karachi, ce sont les secrets de famille qui rattrapent Ziad Takieddine. Alors que la justice multiplie les investigations sur le rôle de ce marchand d’armes proche de Nicolas Sarkozy, c’est une simple affaire matrimoniale qui le place de nouveau sous les feux de l’actualité.

La saisie conservatoire de son patrimoine a été ordonnée par le tribunal de grande instance de Grasse dans le cadre d’une enquête pour « abandon de famille ». Une « saisie » stupéfiante dressée par un huissier dans les résidences, tant parisiennes (avenue Georges-Mandel) qu’azuréennes (deux villas au Cap d’Antibes) que le couple partageait jusqu’au prononcé du divorce le 15 septembre. Stupéfiante dès lors que le résident français Ziad Takieddine n’est soumis en France à aucun impôt.

Les villas politico-jet set du Cap d’Antibes

On est loin des méandres diplomatico-financiers de l’affaire Karachi et des soupçons de financement occulte de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur. Dans le cadre de l’enquête sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et au Pakistan, le juge Renaud Van Ruymbeke avait d’ailleurs déjà cet été (nos éditions du 4 septembre)procédé à la saisie pénale des appartements et du yacht – « Le Diva » – du marchand d’armes.

Sauf la plainte pour « abandon de famille », ce différend matrimonial serait vraisemblablement resté secret. Il rebondit cependant une fois de plus sur la Côte. Avant d’être le marchand d’armes officiel de la République, c’est sur les cimes du Mercantour que Takieddine avait débuté sa carrière. De 1979 à 1992, l’homme d’affaires franco-libanais y avait fait ses premières armes… professionnelles en tant que directeur de la station d’Isola 2000. Isola où il avait d’ailleurs rencontré Nicola, son épouse. Les noces avaient été célébrées aux pieds des pistes, en présence déjà de nombreuses personnalités, notamment du monde politique.

S’il n’était pas encore un proche de Jean-François Copé et de Claude Guéant qui, longtemps, furent des habitués de sa villa du Cap d’Antibes et des sorties estivales en yacht, Takieddine s’y était constitué un carnet d’adresses politico-jet set. Il y avait été présenté, notamment, à François Léotard qu’il retrouvera en 1993 à Paris. Le maire de Fréjus venait d’y être nommé ministre de la Défense. Takieddine, lui, ayant quitté Isola 2000 y entamait sa vraie carrière de marchand d’armes.

Un train de vie si peu « invisible »

C’est donc, fatalement, dans la juridiction de Grasse que Nicola Johnson a décidé de le poursuivre en justice. Une citation directe pour abandon de famille d’abord. Puis l’autorisation du TGI de faire procéder à une saisie conservatoire des biens mobiliers du couple. Nicola Johnson qui a obtenu de la cour d’appel de Paris une prestation compensatoire de 3 millions d’euros craint, selon Me William Bourdon, son avocat, « la dilapidation des biens communs ».

Mais c’est moins la procédure elle-même – courante en matière de conflit matrimonial – que la dichotomie entre l’inventaire ainsi dressé sur ordonnance du TGI de Grasse et la situation fiscale de Ziad Takieddine qui fait sensation. Dans leur requête les avocats de Nicola Johnson rappelaient, en effet, que ce dernier« est mondialement connu pour le caractère opaque de ses affaires » et qu’il avait jusqu’à sa mise en examen dans l’affaire Karachi, réussi à dissimuler au fisc ses revenus et ses biens immobiliers évalués en France à plus 40 millions d’euros.

S’il prémunit Nicola Jonhson d’une éventuelle dilapidation des biens du couple, ce nouvel inventaire confirme un train de vie qui manifestement n’était invisible que pour l’administration fiscale, et ce depuis des années. Avenue Georges-Mandel à Paris, dans une résidence de prestige de plus de 600 m2, l’huissier de justice a ainsi placé sous scellés tout le mobilier – jusqu’au lave-linge -, s’attardant cependant sur les toiles de maîtres inestimables, notamment de William Turner, sur la Mercedes noire type S600, ainsi que sur les trésors (grands crus Château Margaux 1996, Château Lafite 1988, Château Mouton Rothschild 1970, Château Petrus 1988…) que recelait la cave du marchand d’armes.

Mais c’est sans doute au Cap d’Antibes le 31 janvier que la « pêche » a été la meilleure : un 4×4 Land Rover, une Mercedes Benz, de nombreux véhicules de collection (notamment deux Jaguars de 1955 et 1962 et une Bentley). Mais aussi de nouvelles œuvres d’art : un bronze et de nombreuses pièces d’Arman, des toiles et des lithographies de Bernard Cathelin, Salvador Dali et Sonia Delaunay. Sans parler du mobilier d’exception : un lit Louis-Philippe, une console du XVIIIe siècle, des guéridons et des vases précieux, etc.

La cave à vins du Cap d’Antibes n’était pas moins bien « achalandée » que celle de l’avenue Georges-Mandel à Paris : ce sont plus de mille grands crus qui y ont été inventoriés.

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